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  • sylvievilla

Un workshop à la Copenhagen Business School sur l’entrepreneuriat au féminin

Une dernière activité avant la fin de notre voyage. La CBS mène une étude visant à comprendre les facteurs qui peuvent dissuader les femmes de se lancer dans l'entrepreneuriat. Ils ont jugé intéressant d'interroger notre groupe pour découvrir ce que des femmes en entreprise pensent du sujet en comparaison à un panel d’entrepreneures également invitées.


Nous sommes accueillies par José Mata - Professeur d'entrepreneuriat dont les recherches portent sur l'entrepreneuriat, la stratégie et le commerce international, Vera Rocha - Professeure associée dont les recherches se situent à l'intersection de l'entrepreneuriat, du capital humain stratégique, de la mobilité de la main-d'œuvre et de l'inégalité, et Ali Mohammadi - Professeur associé dont les recherches portent sur la relation entre le financement, l'esprit d'entreprise et l'innovation.


Ils ont également invité Camilla Nørgaard Jensen, responsable de l'innovation technologique à DTU (Université technique du Danemark) Skylab (centre d'innovation et laboratoire à Kongens Lyngby) et Kåre Moberg, senior researcher à la Danish Foundation for Entrepreneurship.


On démarre l’après-midi par des discussions informelles autour de tables rondes pour trouver les différentes causes de cette rare présence féminine. En voici quelques-unes :


1. Stéréotypes de genre :


Les femmes sont souvent considérées comme moins compétentes en matière de leadership et de prise de risques, ce qui peut créer un manque de confiance en soi chez celles qui envisagent de devenir entrepreneures.


2. Manque de modèles féminins :


L'absence de modèles féminins peut donner la sensation aux femmes qu'elles ne sont pas légitimes ou compétentes pour se lancer dans cette voie. L'importance de la représentation et de la visibilité des femmes entrepreneures ne doit pas être sous-estimée.


3. Contraintes familiales et responsabilités :


Les femmes sont souvent confrontées à des responsabilités familiales plus lourdes, ce qui peut rendre difficile l'équilibre entre la vie professionnelle et la vie personnelle, en particulier lorsqu'il s'agit de diriger une entreprise.


4. Environnement entrepreneurial :


Certains secteurs et environnements entrepreneuriaux peuvent être moins inclusifs ou plus masculins, ce qui peut décourager les femmes de s'y engager.


5. Accès au financement :


Les femmes font face à d'énormes obstacles pour obtenir le financement nécessaire à la création ou au développement de leurs entreprises, principalement en raison de la prédominance masculine parmi les investisseurs et les prêteurs.


Des études ont révélé des biais de genre flagrants, tels que les différences dans les questions posées aux femmes par rapport aux hommes.

Par exemple, lorsqu'il s'agit du même type de projet, les hommes sont souvent interrogés sur leurs stratégies pour étendre leur part de marché, tandis que les femmes sont questionnées sur leur capacité à se protéger de la concurrence. Cette divergence conduit les hommes à adopter une posture offensive, axée sur la croissance et les profits, tandis que les femmes sont contraintes de se concentrer sur la défense de leurs investisseurs. Cette inégalité a été étayée par une étude présentée par l'un des intervenants.


Une participante, elle-même concernée, a témoigné que lorsqu'elle présente sa start-up et participe à des levées de fonds, elle doit dissimuler sa nature timide et adopter une attitude qui ne lui est pas naturelle.

Malheureusement, cela peut souvent susciter des commentaires désobligeants, comme l'accusation d'avoir un ego surdimensionné. Il est évident que des avancées significatives sont nécessaires pour que les femmes soient acceptées avec leur propre personnalité, complémentaire à celle des hommes.


Imiter les hommes ne semble pas être la solution, car cela attire également des critiques injustifiées.

Nous avons quand même été très surprises d’entendre un participant suggérer qu’il suffit de se faire représenter par un homme pour obtenir des financements. Pourtant, il est important de souligner que son doctorat et son expérience postdoctorale ont fait d'elle une experte scientifique aguerrie, ayant contribué à des percées et des brevets remarquables. Il est impératif que la société progresse vers un environnement où les femmes puissent être pleinement elles-mêmes, tout en apportant leur contribution précieuse, complémentaire à celle des hommes.


Quelles sont les bonnes et moins bonnes nouvelles pour les femmes intéressées par l’entrepreneuriat ?


Vera Rocha, Professeure associée à CBS, nous présente différentes études universitaires récentes.


Commençons par les moins bonnes nouvelles :


1. Fuite de la compétition des start-ups : Tandis que les hommes l'acceptent plus volontiers, les femmes ont tendance à éviter la compétition, ce qui peut parfois les freiner dans des environnements entrepreneuriaux hautement compétitifs.


De nombreuses femmes se sentent découragées de poser leur candidature auprès d’entreprises en phase de démarrage - même lorsque leur partenaire met la priorité sur sa propre carrière et dispose de sources de revenus sûres (Manchester et al., 2022) - en partie parce que ces entreprises ont tendance à être dominées par les hommes (Engel et al., 2022).


2. Différences en excès de confiance et prise de risque :

Les femmes et les hommes peuvent réagir différemment face à l'excès de confiance et à la prise de risque, ce qui peut avoir un impact sur leur approche entrepreneuriale.

3. Réactions au feedback et aux rejets :

Les femmes peuvent être plus sensibles aux feedbacks négatifs et aux rejets, ce qui peut les décourager ou les affecter émotionnellement.

4. Difficulté à lever des fonds pour le capital-risque : L'étude menée par Kanze, Huang, Conley et Higgins en 2018, publiée dans l'Academy of Management Journal, met en évidence un problème persistant dans le monde des investissements : la disparité de traitement entre les entrepreneurs masculins et féminins. Cette disparité est souvent résumée par l'expression "aux hommes de gagner et aux femmes de ne pas perdre", ce qui traduit une inégalité fondamentale dans les opportunités et les attentes des investisseurs envers les entrepreneurs des deux sexes.


5. Barrières après l'entrée : Même une fois lancées, les femmes entrepreneures peuvent faire face à de la discrimination de la part de leurs employé-e-s comme par exemple refuser plus facilement les demandes d'heures et/ou d’efforts supplémentaires qui émanent d’une femme plutôt que d’un homme. Moins d'efforts de la part des employé-e-s se traduit par un désavantage en termes de productivité pour les fondatrices. (Kacperczyk, Younkin & Rocha (2022) Organization Science)


Les bonnes nouvelles :


1. Travailler dans des start-ups dirigées par des femmes favorise l'entrepreneuriat féminin :


Les femmes qui sont exposées à des modèles féminins de réussite entrepreneuriale sont plus susceptibles de se lancer dans leurs propres entreprises. (Rocha & van Praag (2020), Strategic Management Journal)


2. L'entrepreneuriat aide les femmes à échapper aux pénalités du marché du travail :


De nombreuses femmes se tournent vers l'entrepreneuriat pour échapper aux inégalités présentes sur le marché du travail traditionnel, notamment la pénalité de maternité qui affecte particulièrement celles occupant des postes de direction et des emplois bien rémunérés (Yang, Kacperczyk & Naldi, 2023, Organization Science).

Cependant, il est préoccupant de noter que l'écart entre les hommes et les femmes dans le domaine de l'emploi indépendant avec au moins un employé s'est creusé dans les deux tiers des pays de l'OCDE entre 2000 et 2019. Le Danemark est l'un des rares pays où la situation s'est améliorée, tandis que la Suisse présente le plus mauvais score parmi les 38 pays analysés.

En 2019, seulement 31% des femmes entrepreneures en Suisse avaient au moins un-e employé-e, alors que 57% des hommes entrepreneurs avaient embauché au moins une personne. Cette disparité s'est aggravée de 45% entre 2000 et 2019. Les femmes dirigent généralement des entreprises plus petites et embauchent moins fréquemment que les hommes, en partie en raison des types d'entreprises qu'elles créent et des obstacles auxquels elles sont confrontées.


3. Formation :


La formation peut aider les femmes à contrer les préjugés et à se sentir plus confiantes dans le monde de l’entrepreneuriat. Il s’agit par exemple de former les femmes à fournir des réponses axées sur la promotion à des questions axées sur la prévention.


4. Utiliser le crowdfunding pour le capital de départ :


Le recours au financement participatif (crowdfunding) pour le capital de départ présente des avantages pour les femmes entrepreneures. En effet, elles obtiennent généralement de meilleurs résultats dans les campagnes de crowdfunding, particulièrement dans des secteurs stéréotypés, et même dans le domaine technologique, grâce notamment au soutien d'autres femmes (Gafni, Marom, Robb & Sade, 2021, Review of Finance).

Cependant, malgré ces avancées encourageantes, il est clair que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour promouvoir l'équité des sexes dans l'entrepreneuriat.


Les femmes sont-elles obligées de se comporter comme des hommes pour pouvoir réussir ?


C’est la question que je me pose quand je vois une femme brillante, sur scène, porter un tailleur bien strict et s’exprimer de manière identique à ses confrères.


Ne peut-elle pas, ne pouvons-nous pas, être nous-mêmes simplement ? Féminines, douces, sensibles. Et si le monde professionnel se privait d’une richesse, celle de faire contribuer la réelle force des femmes ?

Arrêtons de vouloir ressembler aux hommes, ils sont bien assez nombreux. Il est temps que la femme prenne sa place, apporte sa perception, vision, douceur à un monde qui en a tant besoin. En tant que femmes, ne nous mettons pas en victimes, ne nous conformons pas aux injonctions, attentes et pressions exercées sur nous par une société dominée par les hommes.


Soyons le changement pour créer un monde différent. Soutenons-nous les unes, les autres sans se battre contre les hommes, et trouvons comment être ensemble femmes et hommes capables de réaliser de très bonnes performances.

C’est notre mission chez LYVA, et je suis certaine que nous avons tout à gagner à mettre en avant les compétences et les forces des femmes avec celles des hommes.

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